Réflexions du fauteuil : le Canada nage à contre-courant dans le dossier de la production d’éthanol
12 01 2009Les conservateurs n’en finissent plus d’être à contre-courant dans les dossiers touchant l’écologie. Après avoir refusé de se conformer au protocole de Kyoto, ils ont voté au printemps dernier la loi C-33 qui impose des taux de biocarburants dans l’essence. Cela s’est produit au moment même où OXFAM International, un regroupement d’ONG luttant contre la faim et la pauvreté dans le monde, a demandé aux pays riches de cesser de subventionner et de produire de l’éthanol avec des produits agricoles.
Il est de plus en plus reconnu que la production d’éthanol est en grande partie responsable de l’augmentation du prix des céréales destiné à la consommation humaine et animale. Du coup, les aliments de base de la population des pays les plus pauvres subissent une inflation qui cause la famine. Les pays riches en subissent aussi les conséquences. Il n’y a qu’à voir l’augmentation du prix des pâtes alimentaires, du pain et de la viande depuis un an pour s’en convaincre. Même l’Institut C.D. Howe qui, ne l’oublions pas, est en grande partie financé par la grande entreprise, a statué que la production de bioéthanol ne se justifie pas, ni du point de vue environnemental, ni du point de vue économique. Bref, il n’y a que les producteurs agricoles qui vendent leurs céréales et les industriels qui les achètent et les transforment en éthanol pour de réjouir de la position du gouvernement canadien.
En Alberta, le gouvernement vient d’autoriser la construction de deux mégas usines de production de bioéthanol dans la perspective de répondre à la demande créée par la loi C-33. Elles vont profiter des subventions de 1,5 milliard que les conservateurs ont votées pour appuyer la mise en vigueur de la loi. Pendant ce temps-là, plusieurs pays européens comme la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne reculent et réduisent leur appui à la production d’éthanol devant les problèmes qu’elle crée. Ce sont les États-Unis qui ont lancé cette production à grande échelle dans leur désir de se libérer du pétrole en provenance du Moyen-Orient. Ils l’ont fait comme d’habitude sans penser aux conséquences pour les autres, surtout les plus pauvres. Et notre gouvernement canadien s’est empressé de suivre l’exemple en se disant que cela représenterait un excellent débouché pour nos producteurs de céréales qui sont parmi les plus importants dans le monde. Au Québec, nous avons une usine à Varennes. Le gouvernement ne compte pas poursuivre sur cette voie. On préfère attendre le développement de biocarburants de deuxième génération produits à partir de matières non alimentaires. Bravo.
L’homme manque parfois terriblement de génie. Pouvait-on croire que c'est une bonne idée de remplacer le pétrole par de la nourriture? Les défenseurs des biocarburants invoquent que leur production permet aux agriculteurs d’écouler leurs surplus. Pendant ce temps-là, 20 % de l’humanité ne mange pas à sa faim. Y a-t-il vraiment quelqu’un qui pense sérieusement qu’il vaut mieux utiliser les surplus pour faire rouler son automobile plutôt que de nourrir des êtres humains? Il semble bien que oui et ça me révolte.
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